Incandescence: Le coeur de L’homme

Je me suis entretenu avec Philippe ‘Tyrant’ Boucher.

Premièrement, j’aimerais revenir au tout début du projet.  Comment la pulsion de création s’est amorcée avec Francis Desrochers?  Veux-tu parler des années passées en duo avec lui, l’enregistrement des albums? 

En fait, en premier lieu, j’ai débuté Incandescence seul, vers 2009 ou même avant cela. J’avais des problèmes de chanteurs avec qui j’essayais de faire avancer le projet. Sans succès. J’ai donc continué seul à enregistrer le premier EP La valse des ombres. Lorsque l’enregistrement de l’instrumental fut terminé, j’ai fait la rencontre de Francis pas très longtemps ensuite. Ça a tout de suite cliqué. Je l’entendais imiter des chanteurs de black métal par-dessus des chansons qu’on faisait jouer lors de soirées bien arrosées. Je lui ai donc proposé de composer quelque chose et de venir essayer ses textes sur mes chansons. Il est devenu par la suite le premier chanteur pour Incandescence. Nous avons fait le EP, le premier album Abstractionnisme, ensuite le second Les ténèbres murmurent mon nom ensemble. Il a quitté pas longtemps après la sortie de ce dernier.

Veux-tu parler plus en profondeur du concept dIncandescence et ce qui l’inspire et l’influence? Tu joues plusieurs instruments, cela te donne plus de contrôle sur la composition?

Totalement, je me suis toujours occupé de l’entièreté de la composition musicale pour Incandescence. J’ai toujours adoré travailler la musique seul. Je suis dans mon monde, j’expérimente, je repousse mes limites tant au niveau de la batterie qu’à la guitare et à la basse. J’aime avoir cette liberté absolue, de pouvoir m’exprimer à mon maximum, y aller avec le cœur et mes entrailles. C’est ma manière à moi de canaliser les énergies négatives mais également les bonnes énergies. Ce qui inspire Incandescence est souvent le côté Humain; nos craintes, nos croyances, la maladie mentale, l’anxiété, etc. Il y a toujours eu un côté spirituel (non religieux) dans ce que je voulais exprimer.

Évidemment, il faut parler du départ de Francis et de l’arrivée de Louis-Paul Gauvreau, frontman de The Unconscious Mind (qui est dans ton entourage depuis un bon moment déjà, si je ne me trompe pas?)  

Oui exactement. Moi et Louis-Paul sommes amis depuis des lunes. Nous avions sorti notre premier EP et je me rappelle qu’il avait grandement aimé. Je me rappelle vraiment bien lorsqu’il m’a dit que si je voulais un autre chanteur un jour, il serait là pour prendre les reines. En apprenant le départ volontaire de Francis en 2016, j’ai donc tout de suite contacté Louis-Paul, sans hésiter. Je lui ai présenté de nouvelles compositions et idées, ce qui est devenu quelques années plus tard notre troisième album Ascension, sorti en 2019.

Le nouvel opus Le coeur de L’Homme semble un peu moins mélodique, plus direct, un peu plus sombre, mais toujours aussi philosophique et existentialiste.  Veux-tu parler du processus de création et de tes intentions?  

Je ne dirais pas qu’il est moins mélodique, bien au contraire à mon avis. Il est très axé sur des thèmes musicalement dramatiques, nostalgiques ou même épiques mais parfois aussi colériques et agressifs. J’ai tout de même décidé oui, de changer mon approche. Ascension est un album froid, rapide et intense. J’ai décidé de me tourner vers quelque chose de plus mature pour la suite, une structure plus assumée et profonde. Le cœur de l’Homme est vraiment plus sombre à mon avis. Il comporte des mélodies beaucoup plus mélancoliques que l’album précédent. Il y a une sorte de chaleur intense dans notre dernier je trouve. J’ai décidé de ralentir beaucoup de passages, de laisser respirer, de laisser plus la place à la musique et aux ambiances. Choisir les bons endroits où placer le vocal et surtout comment le placer. Pas juste du criage de A à Z.

J’adopte une approche complètement différente que dans les albums précédents disons. Je ne priorise plus la vitesse, mais bien en mettre là où c’est logique d’en mettre, pour produire un effet de surprise et de build-up. J’ai opté pour des passages plus lourds et lents et je crois que ça a très bien fonctionné. Le mix est incroyablement bien fait et c’est vraiment fidèle au son que j’avais en tête pour cet album.

Côté paroles, à la suite d’Ascension, qui avait écrit en anglais (à l’exception d’Autodafé), nous avons décidé de revenir en force en Français, notre langue première. Je trouve cela très important pour être honnête. Nous avons une si belle langue, extrêmement riche, nous ne pouvions pas continuer en anglais. C’était bien pour Ascension, mais je ne referai plus d’album en anglais avec Incandescence. J’ai laissé carte blanche à Louis-Paul pour les paroles et je ne suis pas déçu du tout. J’ai écrit les paroles pour Tréfonds macabres sur l’album, et c’était assez. Je voulais que Louis-Paul se laisse aller.

Les paroles qui entourent l’album penchent vers le côté psychologique de l’Être Humain. Que sommes-nous prêts à sacrifier pour se sauver ou sauver ceux qu’on aime en situation critique. Louis-Paul a lu beaucoup de livres sur la philosophie et la psychologie. La pochette couvre presque la totalité des paroles de l’album qui est inspiré par le récit Océan mer d’Alessandro Baricco. L’histoire raconte qu’un bateau important s’est échoué avec plusieurs personnes à bord. Après avoir épuisé toutes leurs rations restantes, les gens se sont mis à s’entretuer, s’entre-dévorer, pour survivre. Le concept repose beaucoup sur ce récit particulier. Des remises en question, nos croyances, nos principes, nos passions, ce qui nous anime, etc. Ceci peut même servir d’exemple ou de moral dans l’époque où l’ont vit présentement.

Tu es également batteur dans le groupe de techdeath Beyond Creation, batteur dans Chthe’ilist (death metal lovecraftien); depuis 2021, batteur dans Dissimulator, en plus d’être multi-instrumentiste pour ton projet solo de black metal Décombres.  Comment arrives-tu à conjuguer ces différents projets?  J’imagine que tu aimes la diversité des sous-genres? 

Oui effectivement! Je suis à priori un grand fan de black metal. J’aime beaucoup le death metal, mais le black sera toujours une petite coche au-dessus! Pour ce qui est du techdeath, étonnement je ne suis pas un grand fan mais j’ai évidemment mes exceptions. J’ai toujours aimé ce que Beyond Creation faisait, c’est pourquoi j’ai rejoint le band à partir du second album. Chthe’ilist était aussi un duo à priori (moi et Philippe Tougas avons parti le groupe en 2010). Nous sommes maintenant rendu un band complet. Dissimulator est né justement grâce à deux membres de Chthe’ilist, Claude et Antoine. Claude avait des compositions beaucoup plus thrash/death donc il a décidé de m’en faire part. N’étant pas le plus gros fan de thrash, la grosse touche death à la Decapitated ou Morbid Angel m’a tout de suite accroché.

Pour Décombres, je n’ai malheureusement rien fait depuis la sortie du deuxième album, en 2017. J’aime mieux me concentrer sur Incandescence. Laisser mes compositions et mes inspirations black metal uniquement pour ce projet. Pour revenir à la question, je gère bien un ou deux à la fois. Bien sûr depuis la pandémie, rien ne s’est donné côté show ou tournée avec Beyond Creation. Alors j’ai concentré tout mon temps pour Incandescence et ensuite Dissimulator. J’arrive à faire un projet à la fois, à la suite de l’autre puisque de toute façon, ils ne sont pas tous actifs en même temps côté show.


images: Sick Drummer Magazine


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