Jim O’Rourke – I’m Happy, and I’m Singing, and a 1, 2, 3, 4

Année de parution : 2001
Pays d’origine : États-Unis
Édition : 2 x CD, Mego – 2009
Style : Glitch, Électro-acoustique, Ambient, EIA, Drone, Minimalisme, Noise

On ne sait jamais exactement sur quoi on va tomber quand on mets un disque de Jiminounet dans le mange disque ou sur la platine. Folk primitiviste à la Fahey ? Musique concrète à la Parmegiani (Bernard Parmesan pour les intimes) ? Kraut ambient à la Cluster ? Reconstruction expérimentale d’une certaine pop FM sucrée des 60s/70s façon Steely Dan meets Burt Bacharach meets Beach Boys ? Un mélange de tout ça à la fois ? Le mystère demeure parfois entier tant qu’on a pas écouté l’album du début à la fin ; et parfois, même après écoute, le mystère, vaporeux et ensorcelant, demeure… C’est la magie des mecs polyvalents comme Jim, amoureux fous de musique at large et de sons, dompteurs de vibrations indomptables, visionnaires bruitatifs qui, de surcroît, sont auteurs de discographies démesurées et vertigineuses. Discos qui font en quelque sorte office de journal quotidien d’errances flegmatiques. On peut s’y perdre des années sans jamais trouver la sortie. Et on en raffole.

Sur cette sortie de 2001 (augmentée d’un autre disque bonus pour l’édition 2009), O’Rourke se la joue minimal-électro-acoustique-glitch-noisy-ambient (juste ça !) au Serge, un des outils de travail préférés de notre Jim adoré (pour les curieux, le Serge est un système de synthétiseur analogique modulaire développé à l’origine par Serge Tcherepnin, Rich Gold et Randy Cohen).

Le premier disque (soit l’album originel de 2001) consiste en une suite de 3 longues pistes. On débute en force avec un « I’m Happy » hyper Reichien avec ses patterns analogiques tournoyants/répétitifs puis ce drone d’infra basse velouté qui supporte le tout et qui, petit à petit, vient prendre de plus en plus de place, recouvrant entièrement nos tympans pour une conclusion toute en douceur oblique. Morceau d’ouverture riche et immersif que voilà. « And I’m Singing » arrive ensuite… très déroutant, avec ses nombreux éléments percussifs non typiques, comme ces pianotements nerveux et ces samples de cadrans/horloges déréglés. L’atmosphère rappelle un peu les pièces les plus hyper tonales de l’Autrichien Fennesz, ce qui n’est pas pour me déplaire. Après quelques minutes, le tout devient plus chargé et complexe, avec ce tintamarre électro-acoustique et ces synthés festifs qui font penser à Faust (le groupe allemand et pas la pièce de théâtre de Goethe, je précise). Un morceau à la fois excessif et bizarrement zen. On termine le premier CD avec la pièce de résistance de 21 minutes : « And a 1, 2, 3, 4 ». C’est une merveille d’Ambient EIA qui coule tout doucement, au gré de drones langoureux qui s’évanouissent dans une brume sonore fragile et mélancolique. Cet espèce de son de violoncelle (est-ce le Serge ? Ou un sample ?) vient me hanter à chaque fois. C’est beau. Et quand la pièce se disloque/désintègre à la toute fin, on se sent tout chose.

Le second disque (composé de 3 pistes lui aussi) est tout aussi essentiel que le premier ! “Let’s Take It Again From the Top” sonne un peu comme une collabo entre Four Tet, Ryoji Ikeda et Merzbow. Bref, ça ratisse large pour un morceau quand même court (4 minutes à peine). « Getting The Vapors » est quant à lui très très long (39 min) et plutôt statique. Drone céleste de l’école La Monte Young (mais au laptop). “He Who Laughs” est juste incroyable. C’est comme admirer la nature d’un monde totalement inconnu (mais en 16 bits, genre)… Ne pas comprendre grand chose mais trouver ça quand même magnifique. Et quand cette fanfare orchestrale arrive au beau milieu de nulle part, on est brutalement surpris ! D’entendre ces sons « terrestres » surgir et transpercer l’océan analogique ne fait que rajouter à l’étrangeté biscornue jouissive de la chose. Bon Dieu que Jim a le don de surprendre l’auditeur au tournant (il nous aura fait le même coup sur la finale de « Bad Timing », le vil salaud).

Je ne vous ferai pas l’intégrale des critiques de la disco de Jim parce que le temps que ça me prend pour en écrire une, cet élégant fucker a eu le temps d’enregistrer 8 albums (en plus d’en avoir produit 4 autres), mais je tenterai, à travers des textes futurs, de vous montrer les diverses facettes de ce personnage encore trop peu célébré (en dehors de certains cercles quasi-fermés). D’ici là, soyez content avec Jim, chantez avec lui et comptez jusqu’à 4 ! Frissons de bonheur obtus garantis !


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